L’évolution des déplacements à vélo et
des aménagements cyclables en Île-de-France
L’article La vélorution francilienne publié dans
le numéro d’avril 2015 de la revue Ile-de-France
met en lumière l’augmentation des déplacements à vélo en Ile-de-France, de 0,9
% du trafic en 2001 à 1,6 % en 2010.
Le changement
culturel, l’évolution de la réglementation et également les mesures prises par
la Région avec celles des autres collectivités seraient les facteurs de cette
évolution, notamment une dynamique d’aménagements,
un kilométrage de voies cyclables qui aurait triplé de 1 375 km en 1999 à 3
530 km en 2012.
Le rôle d’une collectivité
et de ses services de communication est de mettre en valeur la partie pleine du
verre, celui d’associations indépendantes serait, sinon de se limiter, par
compensation, à montrer l’autre partie, mieux encore, de s’efforcer à une présentation plus équilibrée.
Sans méconnaître les
efforts de la Région, tels que les stations Véligo ou diverses réalisations
ponctuelles, il est permis de nuancer ce tableau optimiste.
Les statistiques présentées méritent une
analyse plus développée.
La
part du vélo dans les déplacements
Après le creux de la
vague des années 1970-1980 où sa part dans les déplacements à Paris était tombée dans les années 1970 à
0,3 %, le vélo a retrouvé droit de cité représentant 3 % du trafic en 2012.
Cette évolution au cœur de l’agglomération, pas encore révolutionnaire en
comparaison avec la situation en Europe du Nord et dans d’autres villes en
France, a peu atteint la banlieue.
La part modale du
vélo, supérieure en périphérie en 1976 et encore en 1991, est maintenant
inférieure à celle de Paris. Son augmentation pour l’ensemble de la région est
donc due pour l’essentiel à l’évolution à Paris.
Part
modale du vélo dans les déplacements dans les enquêtes ménages
Pourcentage
par rapport à l’ensemble des modes de transport y compris la marche
|
|
1976
|
1983
|
1991
|
2008
|
Paris
|
0,3
|
0,3
|
0,4
|
2,7
|
Petite
couronne
|
1,6
|
0,9
|
0,5
|
1,9
|
Grande
couronne
|
3,5
|
2,5
|
1,3
|
2,1
|
Ensemble
région
|
2,0
|
1,4
|
0,8
|
2,2
|
En l’absence de
statistiques antérieures à 1976, on estime la part du vélo à un ordre de
grandeur de 20 % de 1930 à 1950. La situation de 1976 fait donc suite à un
effondrement.
L’enquête globale
transport EGT pilotée par le STIF (réponses de 18000 ménages) publiée en
janvier 2013 confirme cette évolution.
D’après cette
enquête, le nombre de déplacements à vélo par personne et par jour effectués
par les résidents parisiens était plus du double soit 0,12 de ceux des
résidents du cœur de l’agglomération hors Paris (0,05) et quadruple de ceux de
la périphérie (autres territoires) soit 0,03.
Cette pratique est
l’inverse de la possession de vélo qui augmente avec l’éloignement du centre.
Source :
Enquête Globale Transport EGT pilotée par le STIF réalisée de 2009 à 2011
|
Nombre
de vélos
|
%
de ménages
non
équipés
|
par
personne
|
par
ménage
|
Paris
|
0,29
|
0,52
|
71
|
Cœur
d’agglomération hors Paris
|
0,43
|
0,95
|
55
|
Agglomération
centrale
|
0,62
|
1,46
|
40
|
Agglomération
périphérique
|
0,75
|
1,83
|
36
|
Ensemble
de la région
|
0,46
|
1,08
|
|
Les vélos des
parisiens servent beaucoup plus que ceux du reste de l’agglomération dont une
grande partie est inutilisée.
Le développement de
la pratique à Paris n’est d’ailleurs dû que pour partie aux Vélib’ qui assurent moins du tiers des déplacements (28
% en 2008).
Alors que le vélo
était une pratique majoritairement populaire, une fracture s’est établie depuis
le début du siècle entre un centre où il reconquiert droit de cité parmi les
élites urbaines et une vaste périphérie où sa part a décru pour l’ensemble de
la grande couronne de 3,5 %, 1976 à 2,2
% en 2008
L’étude de l’Institut
d’Aménagement et d’Urbanisme IAU 40 ans d’évolution du vélo (25/11/2014)
d’après l’EGT de 2010 montre la forte progression de son utilisation par les
cadres, professions intermédiaires et intellectuelles, sa stagnation chez les ouvriers, employés, artisans,
commerçants, chefs d’entreprise, à un niveau très bas pour ces 3 dernières catégories,
et un effondrement de la mobilité à vélo des scolaires.
Causes
de cette évolution divergente
Entre l’effet
d’entrainement des pratiques parisiennes et une éventuelle réticence à l’égard
d’un élément du mode de vie « bobo »,
la part culturelle de cette évolution territoriale divergente est difficile à
évaluer.
Les éléments
objectifs semblent plus déterminants.
Le moindre
développement du réseau de transports en banlieue a surtout favorisé surtout la
voiture.
L’extension des
espaces de vie (éloignement des activités, étalement de l’habitat, déclin du
commerce de proximité) entraine l’allongement des déplacements (distance
moyenne des trajets domicile-travail
dans la région (augmentation de 6 km ou 3,7 km à vol d’oiseau en 1976 à 9,8 km
ou 5 km à vol d’oiseau en 2001 d’après les enquêtes générales transports) est
un frein à l’usage de la bicyclette.
Cependant, d’après
l’étude précitée de l’IAU, la moitié des déplacements effectués en voiture en
Ile-de-France seraient inférieurs à 3 km et une étude citée dans Le retour de la bicyclette (p. 203) estime
à 49 % de l’ensemble des déplacements
dans la Métropole de Lille, ceux effectués dans la plage de pertinence du vélo
quotidien de 1 à 5 km. Cet ordre de grandeur est vraisemblablement comparable à
celui de la région parisienne. On imagine donc le potentiel de développement de
la bicyclette dans l’ensemble de l’agglomération.
La carte ci-dessus figurant dans l’étude
précitée de l’IAU fait apparaître un contraste entre des territoires où l’usage
du vélo atteint des niveaux comparables (encore modestes), à celui des
quartiers centraux de Paris (de 0,14 à 0,28 déplacements par personne et par
jour) et ceux où il a quasiment disparu (moins de 0,02).
La première catégorie comprend le Vexin
en périphérie semi-rurale et des parties de la petite couronne où la
circulation a été apaisée par création de zones 30, de zones de rencontre, de
double-sens, la deuxième les territoires où le déplacement à vélo est dissuasif
en l’absence d’itinéraires cohérents correctement aménagés.
Dans ces parties de
la banlieue, la plupart des rares cyclistes sont de jeunes adultes téméraires
d’allure sportive.
Des
aménagements insuffisants
Les statistiques flatteuses
totalisent les données adressées par les collectivités à la Région qui
agrègent, semble-t-il, des éléments disparates : pistes cyclables
séparées, voies vertes, bandes cyclables, trottoirs avec espaces séparés ou
mixtes piétons-vélos, double-sens cyclables, voies bus-vélos, simples marquages
au sol.
Les aménagements
figurant sur les cartes, d’ailleurs d’une exactitude approximative, sont très
éparpillés et les continuités limitées.
Cette dispersion
pourrait s’expliquer par une localisation aux endroits les plus utiles, pour
supprimer une coupure entre deux zones de circulation apaisée ou sur un tronçon
dangereux à l’intérieur d’un itinéraire en majorité sur voies secondaires.
D’une manière
générale, ce n’est pas ce que nous observons.
De nombreux aménagements,
même récents, sont localisés, non aux points noirs mais à des emplacements où
leur utilité est faible, par exemple sur voies secondaires à l’intérieur de
zones d’activités ou résidentielles enclavées à l’intérieur d’un périmètre
d’autoroutes, voies ferrées, ou autres obstacles, accessible par des
routes à grand trafic non sécurisées.
La situation réelle
est souvent pire car des aménagements cartographiés et probablement compris
dans les statistiques ont disparu, sont inutilisables faute d’entretien ou par
négligence.
Ainsi le Chemin des Parcs,
récente voie verte débouche à contre-sens sur la D 40 à 2 fois 2 voies séparées
par un terre-plein en lisière de la Z.A. Paris-Nord 2 à Villepinte.
On trouve cette
situation à plusieurs endroits dans la région, par exemple à Alfortville où la piste
bidirectionnelle se termine à 150 m du carrefour.
Dans ce deuxième cas, le
cycliste se débrouille en pratique, à Villepinte c’est un piège car il n’y a
pas de trottoir au-delà du pont et la séparation des sens de circulation est
long et difficile à traverser.
Au sud de cette voie
verte, la passerelle sur l’A 170 mérite cependant d’être mentionnée. Cette
passerelle reliant 2 quartiers d’habitation comprend des rampes d’accès
praticables à vélo, contrairement à celle de Nanterre sur la Promenade Bleue et
celle en construction à St-Mammès accessibles par escaliers.
La carte du réseau
structurant publiée par l’IAU est une représentation plutôt optimiste car
certains tronçons indiqués comme réalisés correspondent à des parcours
insatisfaisants.
A l’échelle de la région, les aménagements d’une
certaine ampleur en cours de réalisation ou programmés sont limités : voie
verte au bord du Loing (EuroVelo 3), Coulée verte du TEGEVAL de Créteil à
Mandres-les-Roses.
La partie
francilienne du schéma national de véloroutes
est elle-même peu avancée contrairement à. d’autres régions où ce réseau
est en bonne voie : Loire à vélo, ViaRhôna, Vélodyssée, réseau breton etc.
Les parcours de ce
schéma, limité à quelques axes, comportent
beaucoup de grandes lacunes, notamment,
-
le long de la Seine, en Val-de-Marne au sud
de Choisy, en Essonne de Vigneux à Corbeil, en Seine-St-Denis entre le canal
St-Denis et la promenade d’Epinay, dans le Val-d’Oise à Argenteuil et Bezons,
en Seine-et-Marne plusieurs coupures notamment à Ponthierry-St-Fargeau, au pont
de Valvins, au confluent avec le Loing vers Montereau, sur la véloroute Paris-Mont-St-Michel de
Massy à Gometz (projet en sommeil de coulée verte de l’Yvette),
- Au Nord-Est, l’actuelle piste cyclable de
l’Ourcq se termine à 22 km de Paris et celle en bord de Marne à Pomponne à une
trentaine de km.
L’existence de vastes
espaces quasiment inaccessibles, constituant des barrières sur les parcours
inter-banlieue représente un autre obstacle aux déplacements non motorisés.
Les plus étendus sont
les aéroports de Roissy CDG et d’Orly et zones d’activités périphériques
desservis et entourés par un réseau autoroutier s’étendant au-delà des domaines
aéroportuaires.
Les déplacements à
vélo entre ces bassins d’emplois et les quartiers résidentiels proches sont
impossibles, au-moins dissuasifs.
Roissy-CDG
La construction de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle dans les années 1970 a supprimé les continuités cyclables le long des N 2 et N
17.
Les voies non interdites aux cyclistes sont des
routes à circulation intense très dangereuses avec des passages en souterrain
très étroits sans possibilité de doubler un cycliste.
Les pistes cyclables en périphérie sont
discontinues, la plupart en mauvais état ou mal conçues, certaines sans
utilité. Aucune ne donne accès aux aérogares
L’aéroport est situé à la périphérie de
l’agglomération (contrairement à celui d’Orly enclavé dans les banlieues) mais
il représente également une barrière pour les déplacements du centre de la
région vers le nord-est sur une largeur de plus d’une quinzaine de km.
L’aéroport, (base logistique
hôtelière et d’activités, est un important bassin d’emplois au nord de
territoires résidentiels situés à quelques kilomètres au nord du canal de
l’Ourcq.
En l’absence de parcours cyclables, les
déplacements sont en majorité effectués en voiture, une minorité en transport en commun.
L’effet de barrière s’étend au-delà du
domaine aéroportuaire, sur une largeur de plus d’une quinzaine de km.
A l’ouest, l’aéroport est longé par a D
317 l’ancienne N 17 à l’est par la D 212 axes à grande circulation inadapté aux
circulations. Plus à l’est, les chemins ruraux non revêtus ne sont guère
praticables qu’à VTT.
Les zones d’activités au sud
de l’aéroport sont mal reliées aux quartiers résidentiels proches.
Les aménageurs de
l’aéroport d’Orly à la fin des années 1950 où le vélo était encore pris en
considération, avaient préservé celle qui longeait la N 7 en quasi continuité
du Kremlin-Bicêtre à Corbeil en 1956.
.
Cette piste qui
desservait l’aéroport et reliait 2 parties de l’agglomération a été récemment
supprimée lors de la construction de la ligne de tramway T 7.
Piste supprimée
La plateforme du
tramway est bordée de voies étroites réservées au service et fermées à tout
accès. La réalisation a exigé des aménagements relativement pour le
franchissement des voies autoroutières. Un modeste surcoût aurait permis de
réaliser une voie cyclable par élargissement des passages de services
Ces deux ensembles de la banlieue sont
séparés par un ensemble d’autoroutes et de voies devenus
quasiment inaccessibles aux « circulations douces ». Les
itinéraires de déviation plus longs et se déroulant sur voies à grande
circulation sont dissuasifs.
L’aéroport d'Orly, le MIN de Rungis et les
zones d’activités périphériques représentent ainsi pour les cyclistes une
barrière quasi infranchissable
Ainsi les ponts, passerelles notamment ceux
qui enjambent le grand axe de caractère autoroutier où était établie la piste
cyclable supprimée sont fermés aux cyclistes et aux piétons.
Les nouveaux aménagements cyclables sont
établis, au moindre coût, sans continuité aux emplacements disponibles, là
où ils n’empiètent pas sur les voies de circulation auto.
Les salariés de l’aéroport
d’Orly, du MIN de Rungis et des zones d’activités périphériques. habitant dans
un rayon de 4 km à 6 ou 7 km, distance praticable pour la majorité
en l'absence de difficulté de relief pourraient être amenés pour une part
d’entre eux à se déplacer à
vélo. Dans les conditions actuelles, dissuasives, tout transfert modal de
la voiture au vélo n’est guère concevable.
Les pistes cyclables autour de l’aéroport
d’Orly ne permettent au mieux que des déplacements locaux à la périphérie sans
desservir la vaste zone d’activités aéroportuaire enclavée dans un réseau
autoroutier.
Circulations douces
Les aménagements cyclables sont souvent
englobés dans la catégorie « circulations douces » qui comprend les
réalisations destinées aux piétons, rollers, personnes à mobilité réduite.
En réalité,
les projets de réseaux de circulations concernent surtout les cyclistes. Les autres usagers non motorisés sont souvent négligés ou bénéficient
accessoirement de nouvelles voies vertes.
De plus,
les nouveaux aménagements cyclables sont souvent réalisés au détriment
des piétons.
Ainsi des voies cyclables sont tracées sur
trottoir, avec ou sans séparation (espace mixte ou couloirs dédiés), parfois prennent la place d’un ancien
trottoir en excluant les piétons.
Dans tous ces cas, l’espace cyclable est créé
au détriment celui des autres usagers motorisés.
Ces aménagements ne font pas progresser
l’écomobilité.
Bien
que l’intervention des associations, notamment de la FCDE en Essonne, de MDB à
Paris et dans d’autres parties de l’Ile-de-France ait limité la prolifération
de tels aménagements, des pistes cyclables ou espaces mixtes ont été tracés sur
d’étroits trottoirs très encombrés.
Piste sur trottoir à Pantin
Certains sont inutilisables
et la plupart ou la totalité des cyclistes restent sur la chaussée
Le
pont de Villeneuve (ci-dessus). Un exemple (non un modèle)
Une
piste cyclable bidirectionnelle a été récemment tracée sur le trottoir sud du pont
de Villeneuve. Un panneau fin de piste est placé avant l’extrémité du pont. A
cet endroit c’est donc au tour des cyclistes d’être exclus (en contradiction
avec les marquages au sol qui se prolongent jusqu’au carrefour). Les piétons ne
peuvent venir en principe que de l’escalier reliant le quai au pont. Aucun
aménagement cyclable n’étant réalisé le long des voies d’accès au pont, les
cyclistes respectant le Code de la Route devraient donc continuer vélo à la
main sur les trottoirs assez étroits ou revenir sur la chaussée dans une
circulation intense comprenant de nombreux poids lourds (routes N 6 ou D 32).
Evidemment, la majorité des cyclistes sur ce
parcours continuent sur les trottoirs sauf quelques cyclosportifs téméraires
qui restent sur la chaussée y compris sur la partie piste cyclable.
Au cas particulier, la nouvelle piste, aménagement
nécessaire, pourrait être acceptable car les piétons ne sont pas très nombreux
peuvent utiliser le trottoir opposé. La limitation la piste cyclable au pont
est plus regrettable. L’élargissement nécessaire du trottoir aurait réduit la
largeur de la chaussée. Ce choix n’a pas été fait. Le parcours ver ou en
provenance du sud (gare de Villeneuve-St-Georges est également très difficile car
le flux de circulation est continu. Il faudrait donc traverser 2 passages
piétons vélo à la main. De fait, la plupart des cyclistes roulent comme
antérieurement sur le trottoir nord(côté aval), quelques-uns sur la chaussée
mais non sur la piste.
En tout cas, il est abusif d’intégrer cette
piste dan dans les nouveaux aménagements
car la création se limite à la pose de panneaux et des marquages au sol. Ce que
gagnent les cyclistes est pris aux piétons. Il n’y a donc là aucune
amélioration en matière de circulations douces.
Il
faut cependant reconnaître l’utilité de pistes cyclables sur larges trottoirs
où les piétons sont peu nombreux.
Lorsque
les intersections sont espacées, ces voies sont commodes pour les cyclistes qui
peuvent rouler à bonne allure sans gêner les autres usagers.
Ainsi
la piste récemment créée le long du tramway
T 7 du Kremlin-Bicêtre à Thiais (ci-contre) sauf un tronçon au départ de Paris où le
trottoir est assez encombré.
Rappelons
cependant que la piste a été supprimée au sud de Thiais (traversée de
l’aéroport d’Orly, du MIN de Rungis).
Historique
Les aménagements actuels résultent d’une
histoire de plusieurs décennies que la rareté de la documentation accessibles
rend difficile à préciser mais dont il est intéressant de connaître les
principales étapes.
L’examen
de divers documents et les repérages sur place permettent de distinguer
plusieurs périodes
1)
Jusqu’au début des années 1950, aménagement
de pistes cyclables sur les grands axes radiaux de la petite à la moyenne
couronne attestées par la carte Michelin cycliste des environs de Paris de
1956.
2)
Dans les années 1960 : suppression de
pistes cyclablesDes années 1950 au début des années 1970, période où le vélo semblait
voué à disparaître comme mode de déplacements, peu de pistes cyclables ont été
créées mais de nombreuses sont
sacrifiées lors des élargissements de
chaussées. Les pistes disparues se situent notamment, le long des routes
nationales (la plupart devenues départementales), 7 de Villejuif au carrefour
Belle Epine, 1, 2 jusqu’au Mesnil-Amelot à l’est de l’actuel aéroport de
Roissy, 16 et 17 jusqu’au-delà de Louvres près de l’actuelle limité régionale
au nord de Paris, 20 de Montrouge (carrefour de la Vache Noire) à la Croix de Berny.
Ces pistes représentaient des parcours
directs permettant de quitter l’agglomération.
Des vestiges des pistes le long de la
N 10 de Trappes aux Essarts-le-Roi, et du tronçon à Massy au sud
d’Antony sont visibles mais leur
délabrement en l’absence d’entretien depuis des décennies les rend inutilisables.
Aucun itinéraire alternatif n’a été aménagé
sauf en ce qui concerne les tronçons disparus le long de la N 3 avantageusement remplacés par la piste du
canal de l’Ourcq.
3)
De 1974 à 1982 : important effort de
construction de pistes cyclables.
L’émergence de l’écologie politique au cours
de la période de 1974 à 1982 (candidature de René Dumont à la présidence de la
République en 1974, premières grandes manifestations cyclistes à Paris) ont
amené une certaine prise de conscience.
En 1974 et 1975, le projet de réseau
autoroutier à l’intérieur de Paris est abandonné ainsi que la construction de
nouvelles tours dans le centre.
A cette époque, des pistes ont été créées
dans les villes nouvelles et dans certaines zones en cours d’urbanisation, dans
les forêts de Rambouillet et de Sénart par l’ONF et 2 parcours un peu plus
étendus le long du canal de l’Ourcq et de la Marne. Quelques-unes des pistes
anciennes subsistantes ont été rénovées.
La première piste cyclable parisienne restée
unique au cours des années suivantes a été créée rue Vercingétorix dans le 14ème
arrondissement à l’emplacement d’un projet abandonné de radiale autoroutière.
D’après une enquête de Michel DELORE publiée
dans la revue Vélo Magasine en 1986, le total de voies cyclables est passé de
219 km en 1978 à environ 440 km en 1986, les voies créées comprenant 37 km de couloirs de courtoisie parisiens et 57
km de pistes ONF dans la forêt de Rambouillet, 22 km de piste de l’Ourcq et 6
km en bord de Marne
Une partie des
aménagements de cette période dans les villes nouvelles et les zones en cours
d’urbanisation sont d’une ampleur limitée et donnent l’impression d’être
l’amorce de projets plus ambitieux abandonnés.
De nombreux courts
tronçons débouchent sur des voies à grande circulation et beaucoup de pistes
non entretenues sont devenues inutilisables.
4)
Ralentissement puis stagnation d’une
quinzaine d’années à partir de 1983
Un renouveau s’amorce
à la fin des années 1990
Les grèves de
décembre 1995 qui ont remis en selle de nombreux franciliens et les
manifestations qui ont rassemblé en 1995 et 1996 jusqu’à plusieurs milliers de
cyclistes dans les rues de la capitale ont fait évoluer la vision des
responsables politiques,
Le MDB a par ailleurs
adressé à la Région une
Proposition de schéma directeur régional d’aménagements cyclables en
Ile-de-France datée du 24/11/1995 constatant la dispersion des
aménagements, proposant la réalisation d’Itinéraires continus cohérents avec
suppression des points noirs (ponts, carrefours), la création d’un budget et
d’un service coordonnateur.
A la même époque, les
militants associatifs participant au groupe de travail véloroutes-voies vertes
constitué en 1996-1997 au sein du comité
interministériel national de suivi de la politique vélo ont pris l’initiative
de créer en 1997 l’AF3V.
Le travail de
réflexion impulsé par ce groupe a contribué à l’adoption le 15 décembre 1998
d’un Schéma national de Véloroutes et Voies vertes par le Comité
interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT). Ce schéma ensuite complété a été
précisé pour chaque région.
Celui d’Ile-de-France
devrait principalement suivre les cours d’eau, Seine, Loing, Marne, canal de
l’Ourcq, et le tracé d’une ancienne voie ferrée vers Chartres et le
Mont-St-Michel dans le prolongement de la coulée verte du Sud-parisien.
Depuis la fin du siècle dernier, des
aménagements ont été réalisés surtout à Paris et dans quelques parties de la
petite couronne.
Sauf à Paris où les plans-vélos ont une
certaine cohérence, les politiques cyclables et les réalisations sont très
inégales suivant les collectivités.
Les mesures telles que couloirs
bus-vélos, circulation apaisée, zones 30, zones de rencontre, voies vertes,
bandes cyclables, ont permis de développer
l’usage quotidien du vélo à Paris
et dans certaines communes de banlieue
Cependant, les réalisations d’une
certaine ampleur pouvant s’intégrer dans un itinéraire plus étendu sont
peu: nombreuses, principalement, la Seine amont du centre de Paris au confluent
avec la Marne, l’Avenue verte London-Paris pour la partie de Nanterre à
Conflans-Ste-Honorine et Cergy, Chemin des roses, voie verte du canal St-Denis
(longtemps imparfaite en voie d’amélioration), voie verte du Pays-de-Limours,
voie verte de Chelles à Pomponne en bord de Marne, Coulée verte de l’Orge. Compte
tenu de la suppression de la piste cyclable le long de la N 7 à travers l’aéroport
d’Orly, le bilan en matière de continuités n’est que faiblement positif.
Les aménagements de
passages dangereux récemment réalisés ou en projet, par exemple sur le pont
d’Argenteuil suite aux manifestations de MDB, ne concernent encore qu’une
minorité des points noirs.
Causes
de la lenteur des aménagements cyclables
La complexité du
mille-feuilles territorial est une des causes de la faiblesse des réalisations
de grande ampleur et des lacunes dans le réseau de véloroutes.
Le territoire régional
est découpé en 8 Départements, 1300 Communes et 112 intercommunalités, la
plupart récentes avec projets de regroupements.
L’Etat qui gère
encore quelques axes après le transfert d’une partie de son réseau a abandonné
toute politique d’aménagement depuis des décennies. Les tronçons subsistants
des très anciennes pistes le long des routes nationales, sont pour la plupart
en voie de disparition.
Par ailleurs, des
Etablissements publics, Ports de Paris, Aéroport de Paris, MIN de Rungis, ONF,
SAGEP (aqueducs), SNCF, possèdent de vastes terrains, obstacles actuels mais
potentialités pour de futures continuités.
Le principe de libre
administration des collectivités et l’absence de réseau routier régional,
handicaps surmontés dans d’autres domaines, sont des obstacles pour les
parcours cyclables.
Certaines
collectivités ont les moyens mais peu d’intérêt, d’autres une volonté mais des
ressources insuffisantes
La première catégorie
comprend des collectivités de la petite couronne dont les élus ont exprimé leur
hostilité à la reconquête des berges de la Seine à Paris. Le retard par manque
de financement du projet de reconquête des berges à Argenteuil et Bezons dont
le principe est unanimement approuvé montre également le faible intérêt de
certains responsables.
De plus, les
collectivités privilégient les aménagements à leur échelle, locale, départementale,
intermédiaire pour les intercommunalités et négligent ceux de plus grande
ampleur qu’elles estiment hors de leur compétence. Ceci explique la persistance
de points noirs (ponts, carrefours etc.) non aménagés à la limite de deux
collectivités.
Or, les mesures de
modération de la circulation, zones 30, zones de rencontres, double-sens, par
ailleurs encore loin d’être généralisées, ne suffiront pas à développer l’usage
du vélo dans les parties de la région où un parcours de 2 km est impossible
sans passer par un axe à grande circulation, un carrefour dangereux ou être
contraint à de grands détours.
Le schéma
structurant figure dans le cahier des
charges des études des collectivités mais la Région qui finance 60 % des
investissements des véloroutes du schéma ou 50 % du réseau structurant, étant
peu représentée dans ces études, la part complémentaire apparaît excessive
surtout pour les aménagements lourds nécessaires.
Pourtant les
interventions de l’Agence des Espaces Verts de la Région AEV permettraient de
réaliser directement la plupart des maillons manquants.
Les réalisations de
l’AEV sur les parcours cyclables au cours de la dernière décennie ont été
limitées : l’Allée Royale au sud de la forêt de Sénart, la passerelle de
la Fosse aux Carpes en bord de Seine sur le parcours EuroVélo 3, la voie verte de l’aqueduc de la
Dhuys, celle-ci isolée
Nous nous réjouissons
de la reprise des travaux de Coulée verte du TEGEVAL et nous espérons la
relance d’autres projets en sommeil tels que le prolongement de la voie verte
du Pays de Limours sur l’ancienne ligne Paris-Chartres (véloroute
Paris-Mont-St-Michel).
Des
craintes
Le
bilan des aménagements cyclables réalisés sur l’ensemble du territoire de
l’Île-de-France au cours des dernières décennies apparaît globalement décevant.
Le plan-vélo régional
de 2011 et les récents schémas de circulations douces des intercommunalités n’ont
pas encore porté leurs fruits mais les excellents principes exposés dans ces
documents risquent de trouver leurs limites.
On peut craindre le
fléchage dans l’urgence d’itinéraires peu aménagés et insatisfaisants à
l’exemple de l’Avenue verte de St-Denis à Colombes, de Véloscénie
(Paris-Mont-St-Michel) non jalonné mais défini ou du parcours envisagé pour
EuroVelo 3 dans l’Essonne.
Véloscénie dans la forêt de Rambouillet
Il suffirait en somme
de jalonner, sans considération d’environnement, des parcours sinueux
comprenant des tronçons sur routes à grande circulation, des chemins boueux non
revêtus et parsemés d’obstacles tels que passerelle avec escaliers, barrières,
pour que les véloroutes figurant dans les schémas soient déclarées réalisées.
Un
souhait
Le principal projet
qui a émergé des réflexions en cours sur la gouvernance du Grand Paris est la
réalisation d’un réseau de métro express.
Nous espérons que la
création d’un réseau cyclable continu et cohérent ne sera pas oubliée,
Ce réseau nécessitera
ponctuellement des aménagements lourds : passerelles, terrassements etc.
Cependant, son coût
global ne représenterait qu’une faible fraction des investissements routiers ou
de transports collectifs et serait moindre, proportionnellement au potentiel
fiscal et à la population desservie que celui de réalisations ailleurs en
France.
Une des passerelles récemment construites pour la véloroute de l'Isle
en périphérie de Périgueux
On peut mentionner
les 8 passerelles récemment construites pour la véloroute de l’Isle en aval de
Périgueux, les 10 ponts reconstruits par le département de l’Aube pour la voie
verte du canal de la Haute-Seine dont le prolongement jusqu’au centre de Troyes
est en cours. Cette voie verte est un élément d’une future coulée verte de la
Seine, projet très peu avancé en Île-de-France.
Quelques tronçons du
réseau francilien nécessiteront de prendre un espace à la circulation
automobile, par exemple en supprimant une des 4 à 6 voies d’axes routiers ou
par réduction de la largeur de celles existantes avec l’avantage de réduire la
vitesse moyenne. Dans d’autres cas, des voies moins importantes pourraient être
fermées au transit et transformées en zones de rencontre.
La concertation avec
l’ensemble des collectivités sera bien sûr nécessaire mais ce projet qui ne
peut être laissé à leur seule initiative, devrait être piloté à l’échelle de la
Région par un service opérationnel disposant de moyens propres.
Sources
et principaux documents consultés
Carte cycliste des
environs de Paris Michelin 1956
Proposition de schéma
directeur régional d’aménagements cyclable en Île-de-France MDB. Novembre 1995
La mobilité des
français Revue du Commissariat Général au Développement Durable. Décembre 2010
Le retour du vélo
comme mode de déplacement Francis Papon Mémoire inédit. Université Paris-Est
2012
Le retour de la
bicyclette. Frédéric Héran. La Découverte mai 2014
Enquête globale
transports 2009-2011 Le renouveau du vélo en Île-de-France Fiche n° 4 janvier
2013
40 ans d’évolution du
vélo OMNIL Institut d’Aménagement et d’Urbanisme 25/11/2014
Toujours plus
d’aménagements cyclables en Île-de-France. Note rapide 699 Institut
d’Aménagement et d’Urbanisme décembre 2014
La Révolution
francilienne. Article de la revue Ile-de-France n° 56 avril 2015